Aide de camp de Dénikine dans l’armée Blanche, son grand-père maternel émigre en France dans les années 1920 fuyant les ténèbres qui ont recouvert la Sainte Russie pour plusieurs décennies.

Ce n’est pourtant que le début d’une histoire familiale emportée dans le tourbillon des folies idéologiques et guerrières du XXème siècle, avec un père disparu lors de la bataille de Dien Bien Phu en 1954. Evènement qui marquera son engagement politique.

Né le 2 décembre 1946 à Tours, le jeune Serge de Beketch, pupille de la Nation, sera enfant de troupe, puis exercera divers métiers dans la presse, journaliste, pamphlétaire, scénariste de bande dessinées, animateur d’émissions de radio…

Je souhaite par cet article rendre un hommage pour celui qui par sa liberté de ton, sa verve, son humour, son insolence, et surtout son immense gentillesse a su m’apporter, à l’âge où l’on devient un homme, une forme de libération de l’esprit, d’espoir, dans une France prise en otage par les curés socialistes, abandonnée par la droite gaulliste.

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Souvenez-vous de la France au début des années 1990. Avec ses curés médiatiques, Anne Sinclair grande prêtresse de la morale officielle donnait sa grand messe tous les dimanches soirs, où hommes politiques et saltimbanques étaient sommés faire allégeance. « Vous condamnez ces propos ? » demandait Sinclair avec sévérité à ses invités ?

Ou encore Ivan Levaï sur France Inter qui intentait des procès staliniens à quiconque dans la presse s’écartait du discours officiel.

Procès stalinien à celui qui ne prenait pas une mine assez déconfite à l’évocation du massacre de la « Shoah ». Procès avec leurs châtiments orchestrés par toute la secte politico-médiatique, jusqu’aux saltimbanques vendus, aux Enfoirés de la première heure.

Dans le même temps, la violence dans certains quartiers commençait à se répandre. Les agressions se multipliaient sans que bizarrement cela n’émeuve les prophètes de la paix et des Droits de l’Homme.

« Chaque jour, en France des milliers de ***** violentent, pillent, volent, tuent, prostituent, insultent, etc. et il ne faut surtout pas en parler. Il suffit que l'un d'entre eux soit fusillé à bout portant pour que ça déplace un ministre et fasse s'agiter la presse de gauche dans son ensemble. » écrivait dès 1986 Michel-Georges Micberth (La Lettre, éd. Res Universis)

Et ne parlons pas du SIDA, port du préservatif obligatoire pour tous et pas autrement.
— Oui, mais si je….
— Tu oses discuter ? Assassin ! criminel ! Catho réac…

Voilà ce que l’on vous balançait dans la figure…

Je venais d’avoir mon bac et entrais alors à l’université. Université gangrénée par les gauchistes, plus gauchistes qu’étudiants à mon avis, bien au chaud l’hiver avec la sécu en prime. L’élite de la nation.

Je n’ai vu qu’une fois mon binôme de travaux pratiques… un militant de l’UNEF-SE. J’ai assisté aux soviets organisés par l’UNEF dans les amphithéâtres, lors des manifestations contre le Contrat d’Insertion Professionnelle de Balladur. Grève obligatoire, vote à main levée, vous n’aviez pas le choix.

Voilà le panorama hexagonal qui s’offrait à moi lorsque je découvre sur Radio-Courtoisie le Libre-Journal de Serge de Beketch, le mercredi soir à 18.00.

Coups de gueule retentissants, réponse aux attaques, dénigrement des élites politiques et médiatiques, rétablissement de la Vérité, liberté de parole, jouissance de la transgression, voilà ce qu’apportait le Libre-Journal de Serge de Beketch à quiconque d’un peu libre dans sa tête l’écoutait.

Car de Beketch, malgré des prises de positions personnelles en faveur du Front National et de la Tradition Catholique, aussi étonnant que cela puisse paraître, avait tout du libertaire, de droite certes, mais libertaire quand même.

Pigiste à Minute à 19 ans, c’est René Goscinny qui lance sa carrière, en lui confiant une rubrique au journal Pilote, et la traduction de comics américains (Vampirella…). Il y côtoie Gotlib, Greg, Cabu, Gébé, Reiser, Tardi, Loro…

Il est co-auteur avec Loro des deux albums Thorkaël, travaille avec Jacques Tardi. Mais de ses années Pilote, De beketch n’aura conservé des liens qu’avec Loro, Greg et Gébé.

Dans les années 1970 il devient rédacteur en chef du journal Minute, alors journal satirique de droite qu’il transforme en feuille de chou extrémiste, au service du FN, et qui n’a sans doute pas été sa plus grande réussite, je dois le reconnaître.

C’est dans les années 1980 qu’il se lance dans la radio, d’abord sur Radio Solidarité, où il est accusé d’avoir contribué à la percée du FN en 1984, puis sur Radio-Courtoisie, avec son célèbre Libre Journal, qu’il animera de 1987 à 2007.

Evincé de Minute en 1993, il crée sa propre publication décadaire, le Libre Journal de la France Courtoise.

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Mais il y a l’autre Serge de Beketch, celui que j’ai découvert après sa mort, découverte surprenante renforçant le caractère baroque de cette personnalité et l’admiration que j’éprouve pour lui, preuve de sa liberté d’esprit et de choix, propre à dérouter tous ses contradicteurs.

Ainsi, en 1967, il s’engage dans Tsahal, l’armée israélienne, pendant la guerre des six jours, au cours de laquelle il n’aura pas le temps de combattre.

Plus tard, il devient Franc-maçon, quelque peu surprenant pour un catholique traditionnaliste. Il s’en éloignera très vite. Il a donné d’ailleurs une conférence au sujet de cette pénible expérience.

De Beketch avait également un goût pour l’ésotérisme. Cela lui a d’ailleurs joué des tours.

Je me souviens de cette émission poilante dans laquelle il avait invité Paco Rabanne qui annonçait la fin du monde le jour de l’éclipse de 1999.

A l’antenne, à l’heure du repas, Rabanne se met à raconter comment, jeune puceau, il creusait un trou dans le sol pour s’y masturber et ainsi faire l’amour à la terre.

Pauvres et chastes oreilles de l’auditorat de Radio-Courtoisie, habituée à cette heure aux interventions de la Fraternité Saint Pie X !

Passionné de chemins de fer, il a plusieurs fois invité l’association de sauvegarde de la Petite Ceinture parisienne.

De Beketch était raciste, mais contrairement à d’autres, contrairement aux hypocrites de tous bords, il l’a toujours assumé.

Au moins cela est-il honorable.

Cela ne l’a pas empêché de recevoir quelques mois avant sa mort Dieudonné, en plein lynchage médiatique, ne supportant pas de voir à homme à terre se faire tabasser, fut-il noir. De Beketch n’était pas un salaud.

De Beketch détestait les salauds, les salauds valets du système bien sûr, de gauche, de droite, du centre, du pouvoir, des médias, mais aussi les salauds qui ont balancé Brahim Bouarram dans la Seine en mai 1995, et ceux qui ont envoyé Maxime Brunerie au casse-pipe en 2002 (attentat manqué conte J. Chirac).

Royaliste, catholique traditionnaliste, il rejette la démocratie. Ce rejet se confirmera en 1995 à Toulon, alors que l’équipe municipale frontiste de Jean-Marie Le Chevalier lui confie la direction de la communication de la Ville. Ecœuré par l’incompétence de l’équipe municipale, il mettra un terme à l’expérience au bout de quatre mois.

De Beketch provoquait, exagérait. Son racisme, sa bigoterie, ses colères étaient faites pour énerver, exciter ses détracteurs, qui n’ont jamais été capables de lui rendre la monnaie de sa pièce par autre chose que des procès.

C’est ce qu’il reprochera à ses anciens collègues de Pilote passés à Charlie Hebdo (Gébé, Cabu, Reiser et les autres) quand Philippe Val l’attaque en justice pour avoir déconseillé à Charlie de participer à la fête du livre de Toulon en 1995 en ces termes : « La mairie n'est pas chargée de la protection des ordures mais de leur ramassage. »

Voici ce qu’il déclarera à Libération à propos du procès intenté par Val : « On est au cœur de l'exploitation stalinienne des choses. Voilà des gens qui réclament notre aide pour venir nous chier sur la gueule. Je pensais que, quand Val le rédacteur en chef de Charlie, n... lirait "La municipalité n'est pas chargé de la protection des ordures mais de leur ramassage, il dirait : "Putain, c'est génial, c'est un mec de chez nous même si on n'est pas du même bord politique. Au lieu de ça, cet espèce d'enculé ­ il n'y a pas d'autre mot ­ appelle la police de la pensée à son secours. Si c'était quelqu'un de Charlie qui avait dit ça, tout le monde aurait trouvé ça très drôle. Mais l'extrême droite n'est pas censée avoir de l'humour. » (Libération, 23 janvier 1997)

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On ne pouvait chaque mercredi soir qu’apprécier les torgnoles verbales envoyées à la gauche bien-pensante, et à la droite honteuse d’être de droite.

Oui de Beketch, c’était du Hara-Kiri de droite. De Beketch me faisait marrer, comme pouvaient me faire marrer Charlie Hebdo ou l’Idiot International.

Délicieuse vengeance que d’écouter en sourdine ses envolées, ses coups de gueule contre les caciques de la gauche moisie et contre les larbins de la droite, qui ont tout abandonné.

Eric Zemmour ? Un laquais. Il fallait des entendre les morceaux de bravoure de Beketch.

C’est vrai, marqué par les folies du XXème siècle, De Beketch s’inscrivait dans la logique de la nouvelle droite culturelle, logique de mon point de vue périmée.

Mais au moins m’aura-t-il appris à ne pas me fier aux dogmes, à repérer les manipulations, à refuser la soumission au système. Il m’aura appris à démasquer les journaleux, la bassesse de la presse subventionnée, l’ignorance des intellectuels.

Il a su mettre au grand jour la perversité du système démocratique, les pernicieuses méthodes de manipulation mentale.

En cela je lui dois énormément.

Serge de Beketch est décédé le 6 octobre 2007 d’une longue maladie. Sa disparition a attristé bien au-delà de l’extrême-droite et certains de ses plus virulents adversaires ont même fait part de quelques (timides) regrets, comme le site antifasciste REFLEXes qui déclarait : « On l’aura compris, la disparition de Serge de Beketch affaiblit un peu plus un milieu devenu, à l’instar de son pendant d’extrême gauche, fort chiche en “grandes gueules“ et vitupérateurs. Signe de la fin d’une époque ? ». Dont acte.

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Si vous souhaitez entendre quelques extraits d'émission, les afficionados de Zemmour verront la différence :

L'assassinat de Brahim Bouarram

La bignole de l'Elysée

De Beketch et la Justice de son pays

Comment lire un journal ?


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